« Les taux remontent, mon fonds euros va suivre ? »

La question devrait arriver dans vos prochains rendez-vous.

Le 10 septembre, la BCE a relevé ses taux pour la deuxième fois de l'année. Le taux de dépôt passe à 2,50 %.

La réponse tient en peu de mots : oui, lentement.

Et pendant ce temps, vos clients vont voir passer des taux boostés bien au-dessus du leur.

Trois choses utiles avant le rendez-vous : pourquoi la hausse met du temps, d'où viennent ces taux boostés, et la porte fiscale que peu de clients connaissent.

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Pourquoi ça prend du temps

Un fonds euros, c'est d'abord un stock d'obligations : 77 % en moyenne fin 2024, le reste en actions, immobilier et monétaire.

Une bonne partie a été achetée quand les taux étaient bas. L'assureur ne peut la remplacer par des obligations mieux rémunérées qu'au fur et à mesure des échéances.

Et le renouvellement sera long. Parmi les obligations qui arrivent à échéance dans les quatre prochaines années, six sur dix rapportent encore moins de 3 % (chiffres publiés par l’ACPR fin juin).

C'est ce qui explique un taux moyen servi resté à 2,63 % en 2024 comme en 2025, alors que les taux de marché avaient déjà remonté. La hausse de septembre suivra le même chemin, échéance après échéance.

D'où viennent les taux boostés

2,63 %, c'est une moyenne.

En 2025, la moitié des encours a été servie entre 2,3 % et 2,9 %. Et les plus gros écarts se jouent souvent chez un même assureur.

Le mécanisme est simple. Chaque année, l'assureur doit redistribuer au moins 85 % de ses bénéfices financiers. Il peut en garder une partie en réserve, à rendre aux assurés dans les 8 ans.

Cette réserve sert à lisser les mauvaises années. Elle sert aussi à financer des bonus, là où l'assureur le décide.

Et il a de bonnes raisons de le faire :

  • Attirer de l'argent frais, placé aux taux d'aujourd'hui, qui remonte le rendement de tout le fonds.

  • Garder l'argent déjà là : ses anciennes obligations valent moins que leur prix d'achat, et des rachats en masse l'obligeraient à les vendre à perte.

  • Orienter vers les unités de compte : le risque de marché passe côté client, l'assureur immobilise moins de fonds propres, et les UC portent des frais.

D'où les conditions attachées au bonus : sur les nouveaux versements, sur les arbitrages vers les UC, ou sur l'encours tant qu'une part d'UC minimale est maintenue, souvent la moitié. Le coup de pouce ajoute souvent 1 point, parfois plus de 2.

C'est donc dans ces offres que la hausse des taux se verra en premier, bien avant le relevé d'un contrat ouvert il y a quinze ans.

Les comparatifs qui vont circuler mettront surtout en avant des taux boostés : conditionnels, souvent temporaires, sur une partie de l'épargne. Votre client, lui, regardera son relevé. Et c'est à vous qu'il risque de demander pourquoi les deux ne se ressemblent pas.

Un client sans bonus touche donc au moins 0,39 point de moins que la moyenne.

Selon l'ACPR, ces écarts tiennent surtout aux offres commerciales sur les nouveaux versements et à la part d'UC détenue.

C'est probablement là que la hausse des taux se verra en premier, bien avant le taux servi sur l'encours historique.

Mieux que le Livret A, moins bien que l'inflation

Face au Livret A, à 1,7 % depuis le 1er août, le fonds euros garde l'avantage.

Face à l'inflation, attendue à 3,0 % cette année par la BCE, son rendement réel risque de repasser sous zéro. De quoi relancer, chez certains clients, l'envie de tout racheter pour aller voir ailleurs.

Le livret A face à l’inflation - Wizify

La porte que peu de clients connaissent

Prenez un client avec un contrat ouvert il y a douze ans. Son fonds euros sert moins que les offres du moment, et il pense à tout racheter.

Le rachat a un prix : les gains sont imposés, et l'antériorité fiscale est perdue. Le compteur des 8 ans, et l'abattement qui va avec, repart de zéro.

L'article 125-0 A du CGI ouvre une autre voie. Il permet de transformer tout ou partie du contrat, par avenant ou vers un nouveau contrat du même assureur, sans que l'opération soit traitée comme un dénouement. Fiscalement, le client garde la date de son premier versement.

La condition : le nouveau contrat doit ouvrir la possibilité d'investir en unités de compte ou en euro-croissance. La transformation vers un nouveau contrat existe depuis la loi Pacte de 2019.

Deux limites à connaître. On ne change pas d'assureur. Et l'assureur doit accepter l'opération.

C'est là que les intérêts se rejoignent. L'assureur veut garder l'encours et développer les UC. Votre client veut un contrat plus récent, sans payer le prix fiscal d'un rachat.

Reste à vérifier auprès de l'assureur si l'encours transféré profite des offres du moment : ça dépend de chaque offre.

Et comme l'opération fait souvent monter la part d'UC, le dossier client a intérêt à suivre : profil, horizon, raison du changement.

La question de vos clients peut finalement être une bonne occasion de refaire le point sur leurs contrats.

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